Le 29 octobre 2016, Mexico a vu passer son premier défilé officiel du Día de Muertos, inspiré de la scène d'ouverture de Spectre, un James Bond tourné dans la capitale et sorti l'année précédente.
Le Día de Muertos, la fête des morts mexicaine, a lieu chaque année fin octobre et début novembre. Les familles y accueillent le retour temporaire de leurs défunts : le 1er novembre pour les enfants, le 2 pour les adultes.
Voici son sens, ses dates, ses symboles, les lieux où la vivre, les gestes attendus d'un visiteur, et une question d'âge, qui divise les institutions mexicaines elles-mêmes.
Día de Muertos : le sens de la fête des morts au Mexique
Pour l'Institut national d'anthropologie et d'histoire (INAH), Día de Muertos est un terme générique : il désigne à la fois la Toussaint et le jour des fidèles défunts. L'INAH et le ministère de la Culture l'écrivent sous cette forme. « Día de los Muertos » circule aussi, jusqu'à l'UNESCO.
L'UNESCO résume le sens de la fête : elle célèbre le retour transitoire sur terre des parents et des proches disparus. Elle tombe à la fin du cycle annuel du maïs, la principale culture vivrière du pays.
Le détail
Les morts ne sont pas tous honorés le même jour. Selon l'UNESCO, ils se répartissent en catégories, selon la cause du décès, l'âge, le sexe et parfois la profession, et chaque catégorie a son jour de culte.
Ces pratiques ont été proclamées chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité le 7 novembre 2003. Le jury comptait l'écrivain mexicain Carlos Fuentes et l'Espagnol Juan Goytisolo. Depuis 2008, elles figurent sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, sous un intitulé qui dit l'essentiel : « les fêtes indigènes dédiées aux morts ».
Pour ceux qui prépare un voyage au Mexique à la Toussaint, le calendrier ci-dessous, vous montre quelle nuit la vivre, et où.

Fête des morts et Halloween : une date voisine, deux imageries
Même si les deux fêtes parlent des morts à la même période de l’année, attention à ne pas les confondre : leurs images et leurs symboles sont très différents. Halloween tombe le 31 octobre, quand Ixtenco et les Chatinos de Yolotepec attendent leurs morts. Halloween repose sur l’imagerie de la peur, des monstres et du frisson, tandis que le Dià de Muertos utilise des représentations de squelettes joyeuses et des fleurs pour célébrer les défunts.
Les Archives générales de la nation datent de 1847 la plus ancienne publication mexicaine où la calavera, le crâne, sert de caricature : le périodique El Calavera.
Fête des morts au Mexique : quelles dates, nuit après nuit ?
Le ministère mexicain de la Culture donne le socle commun : le 1er novembre est consacré aux « petits morts », les enfants, le 2 novembre aux adultes. Des communautés avancent ou prolongent ensuite la fête selon leurs morts.
Date | Où | Qui l'on attend |
|---|---|---|
28 octobre | Ixtenco (Tlaxcala) | Les noyés et les morts par accident |
29 octobre | Ixtenco ; Chatinos de Yolotepec (Oaxaca) | Les enfants des limbes ; l'autel des petits doit être prêt |
30 octobre au 2 novembre | Huasteca | Le Xantolo, fête des morts de la région |
31 octobre, minuit | Chatinos de Yolotepec | Tous les défunts arrivent au cimetière |
1er novembre | Socle commun (ministère de la Culture) | Les enfants défunts |
2 novembre | Socle commun (ministère de la Culture) | Les défunts adultes |
3 novembre | Chatinos de Yolotepec | L'adieu aux morts |
À Ixtenco, les enfants défunts sont attendus dès le 31 octobre. Le partage entre enfants et adultes varie donc d'un village à l'autre.
Le 2 novembre n'est pas un jour férié : il ne figure pas parmi les jours de repos obligatoire de l'article 74 de la loi fédérale du travail.
Origine de la fête des morts : une tradition préhispanique, vraiment ?
Le calendrier mexica comptait au moins quatre fêtes funéraires, dont deux portaient le nom des morts : la Miccailhuitontli, petite fête des morts, et la Huey Miccailhuitl, la grande. L'INAH les situe en août et septembre ; le chroniqueur Diego Durán fixe la petite au 8 août.
L'un de leurs séjours des morts, le Mictlán, recevait ceux qui mouraient de mort naturelle ou de maladie ; les noyés gagnaient le Tlalocan, les guerriers la maison du Soleil. Selon le franciscain Bernardino de Sahagún, cité par l'archéologue Eduardo Matos Moctezuma, le défunt y cheminait quatre ans avant de rejoindre les « neuf enfers ».
L'UNESCO voit dans la fête actuelle une fusion de ces rites et des fêtes catholiques apportées au XVIe siècle.
Le détail
Vers 1579, Diego Durán note une scène. À la Toussaint, des Indiens déposent une offrande « pour les enfants », car « ainsi en usaient-ils anciennement ». Le jour des Défunts, une autre « pour les grands ».
Durán soupçonne, sans oser l'affirmer, qu'ils ont déplacé là leur fête d'été, « pour dissimuler ».
L'INAH publie aussi une autre lecture. Un article paru sur son site en 2023 écrit, d’après l'historienne Elsa Malvido, que le Día de Muertos « n'est pas d'origine préhispanique ». L'autel des morts dériverait des catafalques funéraires de la Nouvelle- Espagne. La plupart des éléments que l'on croit mexicains auraient des antécédents européens.
Pour Malvido, la fête, en déclin à la fin du XIXe siècle, a été « réinventée » sous la présidence de Lázaro Cárdenas, de 1934 à 1940.
En 2019, le ministère de la Culture voyait au contraire dans les rites préhispaniques « l'origine de la tradition moderne » : les deux lectures coexistent chez les institutions mexicaines elles-mêmes.
« [La fête des morts au Mexique] devient une fête indigène, mais coloniale, non préhispanique. » — Israel Álvarez Moctezuma, universitaire de l'UNAM
L'ofrenda, l'autel des morts : le sens de chaque offrande
Entre 1535 et 1540, le frère Motolinía décrit les offrandes du jour des Défunts dans les villages indiens : « les uns offrent du maïs, d'autres des étoffes, d'autres de la nourriture, du pain, des poules, et au lieu de vin, du cacao ».
L'Institut national des peuples indigènes (INPI) donne le sens des éléments d'un autel d'aujourd'hui :
l'eau, pour que les âmes apaisent leur soif après leur long voyage ;
le sel, élément de purification, pour que le corps ne se corrompe pas ;
les cierges, dont la flamme dit la lumière, la foi et l'espérance ;
le copal, résine que l'on brûle pour élever la prière ;
une grande croix de cendre, pour que l'âme arrivée à l'autel expie ses fautes ;
le portrait du défunt, qui annonce l'âme attendue et doit rester caché ;
un petit chien, l'izcuintle, qui aide les âmes à franchir le fleuve Chiconauhuapan ;
l'alcool, pour rappeler au défunt les bons moments de sa vie ;
les crânes en sucre, les petits dédiés à la Sainte Trinité, le grand au Père éternel.
Le petate, une natte tressée, sert à la fois de lit, de table et de linceul, rappelle l'INPI : en ces jours, les âmes s'y reposent et les mets de l'offrande y sont déposés. Une brochure de Mixquic, qui le place au bas de l'autel, y voit d'abord le linceul.
Les guirlandes de papier découpé, le papel picado, ont leur village : San Salvador Huixcolotla, dans l'État de Puebla. Un décret du 22 septembre 1998 a fait de cet artisanat un patrimoine culturel de l'État.

Le cempasúchil, la fleur orange qui trace le chemin des âmes
Effeuillé en chemin de pétales, le cempasúchil guide les âmes jusqu'à l'autel par sa couleur et son odeur. Les botanistes le nomment Tagetes erecta. Son aire d'origine va du Mexique à l'Amérique centrale.
Son nom vient du nahuatl cempohualxochitl, « vingt fleurs ». La Commission nationale pour la biodiversité (CONABIO) précise que vingt valait pour « beaucoup ». Une tête simple porte en son cœur 150 à 250 fleurons.

Le ministère de l'Agriculture a recensé 20 659 tonnes de fleurs récoltées en 2024, sur 2 203 hectares, sans compter les bottes et les plants, recensés à part. Pour les tonnes, Puebla, Hidalgo et Oaxaca arrivent en tête ; pour les bottes, le Michoacán, ce sont l'État de Mexico et le Veracruz.
La fleur a un usage moins attendu : ses pigments sont, avec ceux des piments, l'une des principales sources de xanthophylles de l'aviculture mexicaine, qui s'en sert pour colorer la peau des poulets, selon une étude de l'UNAM de 2004.
Pan de muerto et crânes en sucre, entre amarante et couvents
Avant la conquête, il n'y avait pas de pain au sens où on l'entend aujourd'hui. On façonnait des effigies de dieux en pâte d'amarante, rappelle une chercheuse de l'Institut de recherches anthropologiques de l'UNAM, et le blé est arrivé avec les Espagnols.
Les chroniques divergent sur leur liant : du miel chez les missionnaires, du sang chez plusieurs conquérants. Dans les royaumes de León, d'Aragon et de Castille, on préparait déjà des pains qui imitaient les reliques des saints.

Les religieuses de Santa Clara et de San Lorenzo confectionnaient des alfeñiques, des sucreries qui imitaient elles aussi les reliques. Seules les familles aisées pouvaient les acheter, écrit l'INAH ; le reste de la population mangeait des sucreries en forme de crânes et d'os.
À Toluca, les confiseurs dressent chaque automne leurs étals d'alfeñiques sous les Portales. En 2025, environ 2,15 millions de personnes les ont visités, selon le Congrès de l'État de Mexico, qui a déclaré en octobre 2025 l'alfeñique de Toluca patrimoine culturel immatériel de l'État.
La Catrina : de la gravure de Posada à la fresque de Rivera
La dame squelette au grand chapeau est née d'une gravure de José Guadalupe Posada. Selon le spécialiste de Posada Agustín Sánchez González, la feuille volante qui la porte, Remate de calaveras alegres y sandungueras, circule à la mi-octobre 1913. Le graveur était mort le 20 janvier.
La date reste discutée : une revue de l'INAH situe sa création en 1910, Sánchez González sa première impression à l'été 1913.

Le sous-titre de la feuille raille « celles qui aujourd'hui sont des garbanceras poudrées » et « finiront en calaveras difformes ». Une revue de l'INAH y voit des femmes enrichies sous Porfirio Díaz par la vente du pois chiche, qui reniaient leur origine indigène.
Le nom de « Calavera Catrina » apparaît imprimé en 1930, page 160 d'une monographie consacrée à Posada et préfacée par Diego Rivera. La tradition attribue ce nom à Rivera lui-même ; les sources divergent.
Rivera fixe en tout cas la figure. Entre juillet et septembre 1947, il peint Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central : au centre, la Calavera Catrina donne la main à Diego enfant et le bras à Posada. Rivera y avait d'abord inscrit « Dios no existe », phrase qu'il remplace en avril 1956.
Le détail
Le musée lui donne 4,17 m sur 15,67 m. Après les séismes de septembre 1985, elle a quitté l'hôtel qui l'abritait le 14 décembre 1986, selon l'INBAL.
Emballée dans ses structures de protection, elle pesait alors près de 35 tonnes et a roulé sur une plateforme de 96 roues, à 2 km/h au plus, raconte le restaurateur Tomás Zurian ; la faculté d'ingénierie de l'UNAM avait calculé son coefficient de sécurité.
Elle se visite depuis le 19 février 1988 au musée Mural Diego Rivera, à Mexico.
La calavera écrite a précédé la gravure de Posada. Les calaveras literarias, courts poèmes moqueurs appelés autrefois panteones, sont des épitaphes satiriques. Le journal El Socialista de Guadalajara en publie parmi les premières, en 1849 ou en 1879 selon les sources.
Au cimetière, la nuit de veille des familles
Pour faciliter le retour des esprits, les familles sèment des pétales de fleurs, posent des bougies et des offrandes sur le chemin qui va de la maison au cimetière, décrit l'UNESCO.
Au panthéon de Tzurumútaro, dans la région du lac de Pátzcuaro, les habitants arrivent dès la nuit du 1er novembre. Ils ornent les tombes de cempasúchil, de copal et de veilleuses, puis veillent toute la nuit dans l'attente des âmes, décrit le gouvernement du Michoacán.

Dans le Campeche, le village de Pomuch va plus loin. Fin octobre, les familles sortent les ossements de leurs défunts et les nettoient : du 25 au 31 octobre ou du 26 octobre au 2 novembre, selon les sources. Cette limpieza de los santos restos a été reconnue patrimoine immatériel du Campeche en 2017.
Les os sont ensuite enveloppés dans un linge neuf, en général blanc et brodé au nom du défunt.
Où vivre la fête des morts au Mexique ? Cinq lieux, cinq façons

Mexico : le défilé né d'un James Bond
La séquence d'ouverture de Spectre, sorti en 2015 et tournée à Mexico, a inspiré le grand défilé lancé l'année suivante, dans le cadre d'une campagne du gouvernement pour attirer les visiteurs. Il a réuni environ 1,3 million de personnes en 2024, de Reforma au Zócalo.
Deux cortèges l'avaient précédé. Une procession de Catrinas parcourt la ville chaque année depuis 2014. Le défilé des alebrijes monumentaux, ces créatures fantastiques de papier mâché, existe depuis 2007.

Mixquic : l'alumbrada du 2 novembre
Dans l'arrondissement de Tláhuac, dans le sud-est de Mexico, San Andrés Mixquic illumine son cimetière de milliers de bougies la nuit du 2 novembre. Cette alumbrada reconduit les âmes.
Son ensemble conventuel augustin, achevé en 1563, a été détruit par un séisme à l'exception du clocher, puis reconstruit à partir de 1620. L'office du tourisme de Mexico précise que la plupart des visiteurs ne peuvent plus entrer au cimetière après 22 heures, le soir du 2 novembre.
Voyages d’exception vous propose un voyage au Mexique du samedi 30 octobre au lundi 8 novembre 2027, pendant les jours des morts :
Pátzcuaro et Janitzio : la Noche de Muertos purépecha
Autour du lac de Pátzcuaro, quatre communes célèbrent la Noche de Muertos les 1er et 2 novembre. Les Purépechas la nomment Animecha Kejtzitakua. À Tzintzuntzan, les offrandes s'élèvent au panthéon, sur l'esplanade du couvent de Santa Ana et aux Yácatas.
L'île de Janitzio se rejoint en bateau depuis le quai de Pátzcuaro. Des milliers de visiteurs s'y retrouvent dans un cimetière en terrasse face au lac. À l'approche de l'île, des pêcheurs montrent leur pêche au filet en ailes de papillon, la red de mariposa.
À savoir avant de partir
Pour vivre la Noche de Muertos plus discrètement qu'à Janitzio, le gouvernement du Michoacán recommande l'île de Pacanda. On la rejoint au plus court depuis le quai d'Ucasanastacua, sur la commune de Tzintzuntzan.
Oaxaca : la veillée de Xoxocotlán et les muerteadas
À Santa Cruz Xoxocotlán, aux portes d'Oaxaca, la veillée tombe une nuit plus tôt : les familles gagnent les cimetières le 31 octobre dès 18 heures, et y restent jusqu'au petit matin.
Le plus ancien, San Sebastián, comptait 888 tombes en 2017, autour de son ancien temple. En 2025, le programme de la commune joignait à la veillée du 31 octobre une exposition de tapis de sable, puis une comparsa d'enfants le 1er novembre et une autre le 2.
Dans la vallée d'Etla, San Agustín Etla tient sa muerteada la nuit du 1er novembre. Des groupes en costumes à grelots et à miroirs y jouent en satire les faits survenus au village, toute la nuit et jusqu'au lendemain midi.
Mérida : le Hanal Pixán maya
Au Yucatán, la fête porte un nom maya, Hanal Pixán, la « nourriture des âmes », selon l'INAH. À Mérida, le Paseo de las Ánimas mène du Cementerio General au quartier de l'Ermita, puis au parc de San Juan. Il est né en 2007 d'une demande de voisins qui voulaient dresser dix autels, et la mairie l'a officialisé en 2008.
Assister à la fête des morts en voyageur : les gestes qui comptent
Les cimetières veillés sont des lieux de famille. À Janitzio, un rezandero, celui qui récite les prières, résume la demande d'une phrase adressée aux visiteurs : « Oiga, no pase ahí, no pise ahí », ne passez pas là, ne marchez pas là. Un batelier de l'île demande qu'on respecte les tombes et les traditions, « parce que, parfois, ils croient que c'est une fête ».
Le gouvernement du Michoacán donne aux visiteurs quatre consignes :
ne pas marcher sur les tombes, les offrandes et les autels ;
demander la permission avant de photographier ;
n'entrer dans une maison que sur invitation, en apportant une offrande, des fruits ou des fleurs par exemple ;
prévoir des vêtements confortables et chauds.
Le dernier conseil compte pour une nuit passée dehors. La température minimale normale de novembre est de 9,9 °C à Mexico et de 12,3 °C à Oaxaca, selon le Service météorologique national. Les veillées de Pátzcuaro et de Xoxocotlán se tiennent elles aussi en plein air.
Les grands lieux attirent la foule : plus d'un million de personnes au défilé de Mexico en 2024, des milliers de visiteurs au cimetière de Janitzio.